Croire au livre numérique aujourd’hui

Croire au livre numérique aujourd’hui

Quand on travaille dans le livre, que l’on soit auteur, libraire, éditeur ou commercial, une question revient sans cesse : “ Que pensez-vous du livre numérique ? “ Quelques mots dits sur un ton qui évoque souvent à la fois la méfiance et l’interrogation. Quelques mots qui invitent difficilement à une réponse concise. Mais essayons quand même.

Se concentrer sur la lecture

Le livre numérique n’en est plus vraiment à ses premiers pas. L’équipement en appareils augmente : de la liseuse (1 %) aux tablettes (18,4 %) en passant par les smartphones (44,4 %). Les catalogues se constituent et le nombre de lecteurs dépasse aujourd’hui le cercle geek/early adoptant des premiers mois (cette frange de la population autonome techniquement et commercialement).

Sur un marché comme celui du livre français, un tel développement s’accompagne bien sûr de problématiques techniques et commerciales : interopérabilité des fichiers, question des DRM (Digital Rights Management), fixation des prix et préservation des acteurs traditionnels du livre. Ce n’est pourtant pas ce que nous évoquerons aujourd’hui. Pour répondre à la question posée, nous préférons nous concentrer sur la définition de la lecture numérique et sa pratique. À ce titre, qu’apporte le numérique ? Faut-il forcément choisir ?

Un livre numérique bien moins riche que le livre papier

Aujourd’hui en France, 15 % des plus de 15 ans ont déjà lu un livre numérique. 7 % envisagent de le faire alors que 78 % n’ont aucune intention de s’y essayer. Soit 3 Français sur 4. Et autant vous dire qu’une telle majorité ne se confine pas à un seul étage de la pyramide des âges. Voir l’étude sur les usages du livre numérique (mars 2014).

Ces lecteurs voient le numérique comme une vraie dégradation. Le plus gros des arguments réside dans la dématérialisation de l’objet-livre qui crée une perte des sens (vue, odeur, toucher), une perte des repères (épaisseur, annotations) et une perte de la propriété (pas de prêt ou d’échange possible, pas de bibliothèque physique). À l’inverse un lecteur acquis au numérique défendra sa facilité d’utilisation : stockage et rangement, mobilité et transport, achat (immédiat, prix).

Quelques images anti-livre numérique sur la toile
Quelques images anti-livre numérique sur la toile

Il apparaît finalement impossible de dépasser de tels clivages. Seuls de gros lecteurs (plus de 20 livres imprimés par an) ont aujourd’hui sauté le pas : ils pratiquent aussi bien le papier que l’ePub et en sont ravis. Certains disent même lire plus.

Un livre numérique qui s’évertue à singer le livre papier

Anti ou pro, le choix est souvent tranché. Pourtant, physiquement, le livre numérique entend se rapprocher du papier. Par le skeuomorphisme d’abord : un élément de design dont la forme n’est pas directement liée à la fonction mais qui reproduit de manière ornementale un élément qui était nécessaire dans l’objet d’origine. Dans le livre numérique, ce sont les applications de lecture qui intègrent la lecture par page. Mais aussi par l’homothétie – le fait de reproduire à l’identique l’information contenue dans le livre imprimé – qui est grandement encouragée par l’État et de nombreux acteurs de la filière livre. Car le numérique n’effraie pas les seuls lecteurs : les libraires, les éditeurs et les auteurs craignent souvent une véritable perte de contrôle.

Le skeumorphisme sur iBooks
Le skeumorphisme sur iBooks

Oser un numérique différent est même parfois synonyme d’exclusion de la filière livre. Aujourd’hui par exemple, les livres édités uniquement en numérique ne bénéficient pas du taux de TVA réduit à 5,5 %.

Et si un mariage heureux était possible entre le papier et le numérique ?

Le support de lecture n’est peut-être pas le seul enjeu. Les Français lisent aujourd’hui près d’une heure par jour en numérique hors mail et SMS. La lecture d’écran et la textualité électronique dominent donc largement leur quotidien. Ils sont pour beaucoup équipés et l’on sait que le livre numérique induit des coûts plus faibles. Certes, il ne s’agit pas encore d’une demande à satisfaire mais c’est certainement une opportunité à créer et offrir.

Lire c’est voyager : découvrir, s’intéresser, apprendre – même avec la fiction. Un roman est presque toujours ancré dans une réalité. Grâce au numérique, on peut facilement imaginer un enrichissement des livres par l’ajout de contenus éditoriaux. C’est alors l’occasion de réaffirmer la place de l’éditorial à l’heure où l’auto-publication se développe. Les liens entre auteur, éditeur et lecteur se resserrent. Une toute nouvelle forme de commercialisation se développe, basée sur la conversation entre l’auteur et ses lecteurs par l’intermédiaire d’une marque éditoriale forte.

Autant de possibilités qui laissent croire qu’une transition vers un équilibre entre les différentes formes de livres, papier et numérique, est possible et même souhaitable. Une configuration qui permettrait d’offrir une vraie diversité des contenus, des savoirs mais aussi de l’imaginaire.

Et vous, qu’en pensez-vous ?

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