La voix à Michel Choueiri, libraire à Beyrouth

La voix à Michel Choueiri, libraire à Beyrouth

Lors de son séjour au pays du Levant, Belleville s’arrête à Beyrouth et rencontre Michel Choueiri, libraire et Directeur Général de la librairie El Bourj. Cette magnifique librairie se trouve en plein centre-ville, juste à côté de la place des Martyrs. On y trouve des livres en français, arabes et anglais. Ouverte depuis décembre 2003, c’est également la seule librairie trilingue indépendante au Liban.

Pourquoi cet emplacement ?

Nous sommes installés dans l’immeuble du quotidien libanais arabophone An Nahar. La librairie a été initialement créée par Chadia Tueni (PDG de la librairie) et feu son époux Ghassan Tueni PDG du journal à ce moment-là. Ils m’ont demandé de s’associer à eux, puis une autre personne de la famille, Rhéa Tueni, s’est jointe à nous. Nous sommes donc quatre, mais je suis le seul à travailler à plein temps dans la librairie. Nous sommes en plein centre-ville de Beyrouth, un quartier incontournable pour les touristes et pour les Libanais. Malheureusement, depuis 2005, les choses sont plus difficiles et le quartier moins fréquenté.

Pourquoi proposer des livres français, arabe et anglais ?

Tous les Libanais pratiquent au moins deux des trois langues. Nous ne traitons donc pas nos romans en français ou en anglais comme une langue étrangère, comme nous le ferions avec de l’italien ou de l’allemand. Ces trois langues sont les langues du pays. Au niveau des ventes, nous vendons (en terme de CA – donc à modérer car les livres français sont plus chers) plus de livres en langue française, suivi de l’arabe puis de l’anglais.

Comment organisez-vous vos rayons ?

Nous n’avons pas de section par langue car nous trions de manière thématique. Dans chaque rayon, vous trouverez des livres dans les trois langues. En effet, comme le pays est bilingue voire trilingue, nous partons du principe qu’un Libanais qui parcourt notre section littérature peut être intéressé par n’importe quel livre que nous proposons. Ce serait dommage d’éloigner un roman d’un autre sous prétexte qu’il est dans une autre langue. D’autant plus que le lecteur, s’il vient pour un livre en français, n’aura pas forcément le réflexe d’aller voir la section arabe ou anglaise.

D’autre part, nous avons un système particulier de classement en littérature. Vous trouverez en premier dans notre rayon tous les livres de Khalil Gibran, puis tous les auteurs libanais, puis les auteurs du monde arabe et enfin les auteurs du monde, par ordre alphabétique. Donc si vous cherchez par exemple un auteur libanais, vous les trouverez tous regroupés. C’est une manière pour nous de mettre en avant nos auteurs et nos éditeurs locaux.

Quel est le genre qui fonctionne le mieux ?

La jeunesse fonctionne très bien, tout comme la littérature. Nous avons également une section Liban qui a beaucoup de succès. Vous trouverez dedans toutes les disciplines hors littérature (politique, histoire, sociologie, beaux livres, etc.) qui concernent le Liban, qu’ils soient faits par des Libanais ou non. C’est une de nos sections les plus dynamiques.

Comment décrivez-vous votre position de librairie indépendante ?

Contrairement à beaucoup de librairies au Liban, nous n’appartenons pas à une maison d’édition, nous ne sommes pas distributeurs et nous ne faisons pas de scolaire ou parascolaire. Une de mes conditions pour accepter cette association avec les Tueni était de pouvoir rester totalement indépendant, et notamment par rapport au journal et à la maison d’édition qu’ils possèdent. Nous sommes partenaires, mais n’avons aucun lien économique ou politique. D’autre part, nous refusons pour le moment d’avoir d’autres librairies, car nous avons beaucoup d’exigence vis-à-vis de notre personnel, pour avoir une équipe très qualifiée.

Avez-vous un rayonnement hors Beyrouth ?

Nous travaillons beaucoup avec les universités et bibliothèques publiques et scolaires dans tout le Liban, ainsi qu’avec les institutions, particulièrement avec les instituts français. Nous participons également au salon du livre francophone où nous représentons des éditeurs et des pays.

Nous avons également une clientèle hors Beyrouth, car nous proposons une sélection différente. Enfin, nous proposons un service adapté à notre clientèle. Comme nous sommes indépendants, c’est nous qui nous occupons de nos achats, contrairement au grand groupe où la personne qui fait les achats n’est pas directement confrontée au client. Nous pouvons ainsi mieux comprendre les attentes de nos clients et les aiguiller en fonction. D’autre part, comme nous rencontrons nous-mêmes les représentants qui nous présentent les programmes, nous pouvons informer un client de l’existence d’un livre même si nous ne l’avons pas en librairie, et lui proposer de le commander. Enfin, nous faisons également de la vente par correspondance, principalement à l’étranger, majoritairement pour les éditions libanaises.

Que pensez-vous du développement du numérique au Liban ?

Ça commence mais c’est très timide. Je ne suis personnellement pas très convaincu, même si je comprends son utilité. Pour moi, on ne décompresse pas grâce à un livre par le biais d’un écran. Mais bien sûr, lorsque ce sera le moment, la librairie se positionnera s’il le faut.

Vos coups de cœur en littérature libanaise, francophone ou arabophone ?

Je dirais Jabbour Douaihy qui écrit en arabe mais qui est francophone, et Charif Majdalani, un francophone qui écrit en français. Je me sens très lié à ce dernier. On se connaît depuis très longtemps et je m’identifie beaucoup à ce qu’il raconte. Ses livres ne sont pas autobiographiques, mais ils sont proches de l’histoire que lui et sa famille ont vécue. J’aime aussi beaucoup Hyam Yared, une auteur libanaise francophone, pour son côté provocateur.

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