Uniti salvam Roșia Montană

Uniti salvam Roșia Montană

Petit rappel des faits. Roșia Montană est un petit village des Carpates. Ville minière de Transylvanie, elle vivait depuis toujours dans l’anonymat. Jusqu’au jour où le peuple roumain, que l’on n’a pas l’habitude de voir dans les rues, se réveille et décide de défendre ses droits.

_DSC0196-1200

Deux raisons majeures, écologique et économique. Tout d’abord, pourquoi donner à une société étrangère le droit d’exploiter l’or et l’argent de son pays ? C’est pourtant ce qu’a fait le gouvernement, en laissant l’exploitation à Gabriel Ressources, une société canadienne. Et comme si cela n’était pas suffisant, il l’a autorisé à utiliser du cyanure pour l’extraction des matériaux (prévisions : 40 tonnes par jour). Conséquences estimées : 250 millions de tonnes de déchets liquides, qui seront stockés dans un lac artificiel, ce qui détruira au total 42 km² de forêt, ainsi qu’une partie du village. Sur 3 000 habitants, 1 000 seront tenus de déménager. Par ailleurs, la société minière, qui possède déjà une bonne partie du village, a obtenu de l’état roumain le droit d’exproprier tous ceux qui refuseraient de vendre leurs maisons.  C’est vrai que c’est plus commode.

Belleville arrive en Roumanie en plein « Automne roumain ». La presse parle aussi de « Mouvement des indignés ».  Le peuple descend tous les weekends dans la rue pour demander l’inscription du site au patrimoine de l’UNESCO et la démission du gouvernement. Même si les médias roumains font peu de cas de ces manifestations, la presse internationale a relayé l’information et le mouvement s’est étendu dans le monde entier.

_DSC0187-1200

Dimanche, 15 heures. Nous arrivons sur la place historique Universității  qui a vu les affrontements de 1989, lorsque le gouvernement de Ceaușescu a été renversé, et celui-ci exécuté. Toutes les générations et tous les milieux sont  représentés. Une volonté commune : celle d’aller jusqu’au bout. Cela fait maintenant plusieurs mois que ces indignés se rassemblent tous les weekends, voire tous les soirs. Le slogan majeur, qui sert de titre à notre article : « Ensemble nous sauverons Roșia Montană ». Nous traversons la place tant bien que mal, alors que la police a reçu l’ordre de bloquer l’une des artères centrales du chemin traditionnel. Cela n’arrête personne, et au bout de quelques minutes, nous finissons par passer. Nous cheminons inlassablement jusqu’au Parlement, cet immense édifice qui n’est autre que le deuxième plus grand bâtiment du monde construit par Ceaușescu quelques années avant sa mort. Les drapeaux roumains volent au vent, avec ceux créés pour Roșia Montană : il s’agit d’une feuille, dont l’un des côtés est vert – pour la nature – et l’autre rouge – pour le sang. Le bâtiment est si grand qu’il faut plus d’une heure pour en faire le tour, et nous voilà repartis vers la place mythique où nous avions commencé. Puis, c’est assis par terre sur le carrefour, bloquant la circulation, que nous resterons jusque tard dans la nuit, devant l’incapacité des policiers à nous déloger.

_DSC0212-1200

Bien plus qu’une cause environnementale, ces manifestations sont un symbole d’un véritable éveil du peuple roumain, et notamment de la jeune génération. Après des années à subir un gouvernement bancal qui manque de transparence, il est plus que jamais déterminé à se faire entendre.

Fort de leur énergie et de leur détermination, les Roumains sont en train de faire reculer le gouvernement qui retire peu à peu ses autorisations. Chose dite, et espérons-le bientôt, chose faite, Uniti salvam Roșia Montană !

Articles similaires

Laisser un commentaire

pulvinar vel, venenatis, Donec dapibus Aenean nunc id justo