Uniti salvam Roșia Montană

Petit rappel des faits. Roșia Montană est un petit village des Carpates. Ville minière de Transylvanie, elle vivait depuis toujours dans l’anonymat. Jusqu’au jour où le peuple roumain, que l’on n’a pas l’habitude de voir dans les rues, se réveille et décide de défendre ses droits. Deux raisons majeures, écologique et économique. Tout d’abord, pourquoi donner à une société étrangère le droit d’exploiter l’or et l’argent de son pays ? C’est pourtant ce qu’a fait le gouvernement, en laissant l’exploitation à Gabriel Ressources, une société canadienne. Et comme si cela n’était pas suffisant, il l’a autorisé à utiliser du cyanure pour l’extraction des matériaux (prévisions : 40 tonnes par jour). Conséquences estimées : 250 millions de tonnes de déchets liquides, qui seront stockés dans un lac artificiel, ce qui détruira au total 42 km² de forêt, ainsi qu’une partie du village. Sur 3 000 habitants, 1 000 seront tenus de déménager. Par ailleurs, la société minière, qui possède déjà une bonne partie du village, a obtenu de l’état roumain le droit d’exproprier tous ceux qui refuseraient de vendre leurs maisons.  C’est vrai que c’est plus commode. Belleville arrive en Roumanie en plein « Automne roumain ». La presse parle aussi de « Mouvement des indignés ».  Le peuple descend tous les weekends dans la rue pour demander l’inscription du site au patrimoine de l’UNESCO et la démission du gouvernement. Même si …

La voix aux stambouliotes…

Pour compléter notre sélection que nous vous proposons dans l’article Belleville aime en Turquie, nous donnons la voix à Güzin, libraire, qui vous parle ici de la culture en Turquie et de la situation actuelle. Quelle est la place de l’art dans la vie quotidienne en Turquie ? Malheureusement, l’art a peu de place dans la vie quotidienne en Turquie. Pour moi qui suis libraire, c’est quelque chose de primordial, car cela permet notamment aux jeunes de s’exprimer et de penser par eux-mêmes. Peu de gens ont le même rapport à l’art que moi, mais il est présent dans ma vie de tous les jours. Pourriez-vous nous parler d’une œuvre turque qui vous a particulièrement marquée ? Pour la littérature, je citerais Neige d’Orhan Pamuk, même s’il n’est pas forcément révélateur de la société turque, car c’est un très grand auteur. Mais j’aime des styles très différents. Par exemple Yassar Kemal. Pour le cinéma, je dirais la Boîte de Pandora car avant ce film, on voyait toujours la même chose dans le cinéma turc (des histoires d’amour avec les mêmes ressorts). Yeşim Ustaoğlu a filmé l’histoire d’une dame âgée et d’un jeune homme, et j’ai trouvé cela formidable. Ça m’est apparu comme bien plus réaliste, et par la même occasion cela permettait de soulever les problèmes entre les différentes générations en Turquie. Quelles avancées espérez-vous ? Plus de …

« Visez-nous »
stanbul 2/2

Sachez que si les médias (étrangers comme turcs) ne relaient pas forcément ce qu’il se passe en ce moment à Istanbul (et dans bon nombre d’autres villes de Turquie), la révolte n’est pas éteinte pour autant. Pendant les semaines qui ont suivi les affrontements, la Turquie a connu le mouvement du « duran adam » (littéralement, « l’homme debout »), lancé par un artiste. D’abord sur la place Taksim, l’artiste suivi rapidement par un bon nombre de stambouliotes, restait debout pendant des heures, sans parler si bouger, à fixer la photo d’Atatürk (père de la démocratie turque) déployée sur le centre culturel éponyme. Le mouvement s’est vite étendu à travers la Turquie puis le reste du monde (Berlin, Madrid, etc.), en tant que symbole fort d’une résistance pacifique et silencieuse. Depuis, presque tous les soirs, les Turcs opposés au régime actuel se réunissent dans les parcs de la ville pour discuter et tenter d’informer les gens non politisés. Dans la galerie photo, un forum ayant lieu à Kadikoy sur la rive asiatique. Les règles sont simples : 4 minutes par personne, pour donner son avis et proposer des changements. Interdiction d’interrompre, d’interpeller ou de critiquer celui qui parle. On peut montrer son opposition en croisant les bras devant la tête, ou au contraire soutenir les propos par des applaudissements silencieux, c’est-à-dire les mains en …

Première étape
Istanbul 1/2

Nous voilà Kedi et moi à Istanbul, l’une des plus grandes mégalopoles du monde, à cheval sur deux continents, Europe et Asie, entourée du Bosphore, de la Corne d’or et de la mer de Marmara… Un véritable rêve éveillé pour la première étape du voyage. Nous arrivons en Turquie dans une période importante pour l’histoire du pays. Il règne dans l’atmosphère une soif de liberté, et une prise de conscience sur la situation politique et sociale. Un bref rappel des faits : le 28 mai 2013, le gouvernement prévoyait la démolition du parc de Gezi, dernier poumon de verdure du centre-ville où les centres commerciaux pullulent. Des manifestants se sont réunis dans le parc pour marquer leur opposition. Une bataille a alors commencé, celle d’une partie du peuple qui profite de Gezi pour faire entendre sa voix sur la politique actuelle, et celle du gouvernement qui ne souhaite pas renoncer à son projet. Elle laisse derrière elle cinq morts. Aujourd’hui, il y a encore régulièrement des affrontements à Taksim, surtout le week-end. Les manifestants les plus téméraires subissent jusqu’au petit matin les bombes lacrymogènes lancées par les camions de police qui sillonnent Istiklal, avenue principale du centre moderne. La population est divisée : d’un côté, les gens qui sont contents du gouvernement en place, de l’autre les opposants …

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