La voix aux stambouliotes…

La voix aux stambouliotes…

Pour compléter notre sélection que nous vous proposons dans l’article Belleville aime en Turquie, nous donnons la voix à Güzin, libraire, qui vous parle ici de la culture en Turquie et de la situation actuelle.

Quelle est la place de l’art dans la vie quotidienne en Turquie ?

Malheureusement, l’art a peu de place dans la vie quotidienne en Turquie. Pour moi qui suis libraire, c’est quelque chose de primordial, car cela permet notamment aux jeunes de s’exprimer et de penser par eux-mêmes. Peu de gens ont le même rapport à l’art que moi, mais il est présent dans ma vie de tous les jours.

Pourriez-vous nous parler d’une œuvre turque qui vous a particulièrement marquée ?

Pour la littérature, je citerais Neige d’Orhan Pamuk, même s’il n’est pas forcément révélateur de la société turque, car c’est un très grand auteur. Mais j’aime des styles très différents. Par exemple Yassar Kemal. Pour le cinéma, je dirais la Boîte de Pandora car avant ce film, on voyait toujours la même chose dans le cinéma turc (des histoires d’amour avec les mêmes ressorts). Yeşim Ustaoğlu a filmé l’histoire d’une dame âgée et d’un jeune homme, et j’ai trouvé cela formidable. Ça m’est apparu comme bien plus réaliste, et par la même occasion cela permettait de soulever les problèmes entre les différentes générations en Turquie.

Quelles avancées espérez-vous ?

Plus de liberté, sans aucun doute. Par exemple, un auteur devrait avoir le droit de s’exprimer sur des sujets de société, ce qui n’est pas le cas sans qu’il rencontre des problèmes après. Il faudrait briser les préjugés et interdiction. Par exemple, j’aime beaucoup Osman Hamdi Bey, peintre du xviiie siècle. Alors que l’Islam interdisait aux fidèles l’art de la peinture, il est le premier à avoir représenté un vieux personnage avec une tortue. À son époque, on ne pouvait voir que des paysages et des natures mortes. Son tableau est un symbole très fort pour moi.  

Pourriez-vous nous dire quelques mots sur la situation actuelle ?

Je suis très heureuse de ce qu’il se passe, car c’est la première fois que je vois le peuple défendre ses libertés dans la rue. J’ai participé à de nombreuses manifestations où l’on pouvait voir uniquement les intellectuels du pays. Mais cette fois, je pense que le peuple a compris qu’il pouvait obtenir quelque chose en s’exprimant. Par exemple, on ne voyait pas autant de caricatures dans les journaux avant l’affaire Gezi. Les gens ont trouvé des slogans amusants, il se passe vraiment quelque chose de fort au niveau solidarité. Je sens que les gens ont changé. Mon fils qui ne m’avait jamais parlé politique a commencé à s’y intéresser. J’espère que cela va continuer.

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