La voix aux stambouliotes…

Pour compléter notre sélection que nous vous proposons dans l’article Belleville aime en Turquie, nous donnons la voix à Güzin, libraire, qui vous parle ici de la culture en Turquie et de la situation actuelle. Quelle est la place de l’art dans la vie quotidienne en Turquie ? Malheureusement, l’art a peu de place dans la vie quotidienne en Turquie. Pour moi qui suis libraire, c’est quelque chose de primordial, car cela permet notamment aux jeunes de s’exprimer et de penser par eux-mêmes. Peu de gens ont le même rapport à l’art que moi, mais il est présent dans ma vie de tous les jours. Pourriez-vous nous parler d’une œuvre turque qui vous a particulièrement marquée ? Pour la littérature, je citerais Neige d’Orhan Pamuk, même s’il n’est pas forcément révélateur de la société turque, car c’est un très grand auteur. Mais j’aime des styles très différents. Par exemple Yassar Kemal. Pour le cinéma, je dirais la Boîte de Pandora car avant ce film, on voyait toujours la même chose dans le cinéma turc (des histoires d’amour avec les mêmes ressorts). Yeşim Ustaoğlu a filmé l’histoire d’une dame âgée et d’un jeune homme, et j’ai trouvé cela formidable. Ça m’est apparu comme bien plus réaliste, et par la même occasion cela permettait de soulever les problèmes entre les différentes générations en Turquie. Quelles avancées espérez-vous ? Plus de …

Belleville aime en Turquie…

Il est évidemment impossible de vous faire un tableau exhaustif des livres et films à regarder absolument dans les pays que nous visitons. Ce que nous pouvons faire en revanche, c’est vous proposer notre sélection très personnelle des œuvres qu’on aime et qu’on recommande. On ne peut pas parler de littérature turque sans parler d’Orhan Pamuk, l’écrivain prix Nobel à qui l’on doit un grand nombre de chefs-d’œuvre. Chez Belleville, on aime tout particulièrement Neige, où l’on suit l’enquête du poète Ka dans la ville de Kars près de la frontière arménienne, sur une vague de suicides de jeunes filles voilées (les écoles et les universités n’acceptant pas le port du voile en Turquie). On recommande également Le Musée de l’innocence, qui nous balade sur plusieurs années dans un Istanbul en pleine mutation, dans le quotidien de Kemal, jeune héritier plein d’avenir qui abandonne tous ses projets pour l’amour inconditionnel qu’il porte à Füsun. Obsédé par sa belle, il collecte inlassablement tous les objets qui se rapportent à elle, et qu’on pourra venir voir “IRL” au Musée de l’innocence à Istanbul. On vous conseille enfin L’Institut de remise à l’heure des montres et des pendules d’Ahmet Hamdi Tanpinar. Ce livre loufoque nous emporte à travers les premières années de république en Turquie, et dont le héros dénonce l’absurdité de la bureaucratie. Côté cinéma, notre …

Rendez-vous avec Can yayınları

Belleville a décidé – si cela vous dit bien sûr – de vous faire rentrer dans l’intimité de la maison d’édition. Pour cela, nous prévoyons de vous raconter au moins un rendez-vous avec un éditeur ou un agent par pays visité. En toute logique, nous voici à Istanbul, notre première destination, chez Can yayınları (littéralement “âme publication”). Où comble du charmant, nous allons rencontrer Canan – dérivé de Can qu’on pourrait traduire par “ma chérie” ou “mon trésor” – que vous pouvez voir sur les photos. Déroulé standard d’un rendez-vous : si l’agent ou l’éditeur ne vous connaît pas, vous vous présentez. Chez Belleville, on a même fait un document tout beau tout propre qui explique (tout) ce qu’on fait ! On amène bien sûr Kedi, qu’on présente aux interlocuteurs (et parfois, on se sent un peu seules…). Puis, l’éditeur/l’agent sort son catalogue, et oriente sa sélection en fonction de ce qu’on cherche (pratique !). Il entre ensuite dans les détails, et là c’est super pour nous, parce qu’on a plus qu’à ouvrir grand les oreilles et se laisser raconter des histoires. Elle est pas belle la vie ? Ensuite, on s’accorde un quart d’heure (souvent plus) pour parler de choses et d’autres, de ce qu’on a aimé lire dernièrement, voire même de nos derniers lolcats préférés. Puis on rentre chez soi/au bureau, des rêves littéraires pleins la …

Comment découvre-t-on un auteur turc sans parler turc ?

C’est étrange… Nous travaillons toutes depuis longtemps dans l’édition et c’est la première fois que cette question revient aussi souvent. Comme si les expressions « voyage autour du monde » et « découverte d’auteurs » créaient une toute nouvelle impression. Mais c’est aussi vrai que ce n’est pas clair (hein ?). Comment fait-on pour savoir qu’un roman est bon si on ne peut pas le lire ? Et bien comme les autres… Officialisons les choses : rares sont les éditeurs de littérature étrangère multilingues. Il paraît difficile de lire aussi bien Faulkner, Tolstoï et Neruda dans le texte. En règle générale, un éditeur maîtrise toujours l’anglais et souvent une seconde langue. Mais cela ne lui permet pas d’accéder à toutes les littératures du monde. Alors il s’entoure. Il se crée un réseau d’agents littéraires. Ardents défenseurs de leurs auteurs, ils se chargent de vendre leurs droits ailleurs dans le monde. Et ils ont des arguments de poids : plaquette avec photographie de l’auteur en quadri, des kilomètres de revue de presse et très souvent une traduction en anglais des premiers chapitres… Et en bons commerciaux, on ne saurait leur reprocher parfois un certain manque d’objectivité. Cela ne suffit donc pas. L’éditeur complète alors son réseau par des traducteurs. La relation qui s’établit entre eux est primordiale. Se faire confiance, connaître ses goûts et ses dégoûts, se voir …

“Visez-nous”
stanbul 2/2

Sachez que si les médias (étrangers comme turcs) ne relaient pas forcément ce qu’il se passe en ce moment à Istanbul (et dans bon nombre d’autres villes de Turquie), la révolte n’est pas éteinte pour autant. Pendant les semaines qui ont suivi les affrontements, la Turquie a connu le mouvement du « duran adam » (littéralement, « l’homme debout »), lancé par un artiste. D’abord sur la place Taksim, l’artiste suivi rapidement par un bon nombre de stambouliotes, restait debout pendant des heures, sans parler si bouger, à fixer la photo d’Atatürk (père de la démocratie turque) déployée sur le centre culturel éponyme. Le mouvement s’est vite étendu à travers la Turquie puis le reste du monde (Berlin, Madrid, etc.), en tant que symbole fort d’une résistance pacifique et silencieuse. Depuis, presque tous les soirs, les Turcs opposés au régime actuel se réunissent dans les parcs de la ville pour discuter et tenter d’informer les gens non politisés. Dans la galerie photo, un forum ayant lieu à Kadikoy sur la rive asiatique. Les règles sont simples : 4 minutes par personne, pour donner son avis et proposer des changements. Interdiction d’interrompre, d’interpeller ou de critiquer celui qui parle. On peut montrer son opposition en croisant les bras devant la tête, ou au contraire soutenir les propos par des applaudissements silencieux, c’est-à-dire les mains en …

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