Comment découvre-t-on un auteur turc sans parler turc ?

Comment découvre-t-on un auteur turc sans parler turc ?

C’est étrange… Nous travaillons toutes depuis longtemps dans l’édition et c’est la première fois que cette question revient aussi souvent. Comme si les expressions « voyage autour du monde » et « découverte d’auteurs » créaient une toute nouvelle impression. Mais c’est aussi vrai que ce n’est pas clair (hein ?). Comment fait-on pour savoir qu’un roman est bon si on ne peut pas le lire ?

Et bien comme les autres…

Officialisons les choses : rares sont les éditeurs de littérature étrangère multilingues. Il paraît difficile de lire aussi bien Faulkner, Tolstoï et Neruda dans le texte. En règle générale, un éditeur maîtrise toujours l’anglais et souvent une seconde langue. Mais cela ne lui permet pas d’accéder à toutes les littératures du monde. Alors il s’entoure. Il se crée un réseau d’agents littéraires. Ardents défenseurs de leurs auteurs, ils se chargent de vendre leurs droits ailleurs dans le monde. Et ils ont des arguments de poids : plaquette avec photographie de l’auteur en quadri, des kilomètres de revue de presse et très souvent une traduction en anglais des premiers chapitres… Et en bons commerciaux, on ne saurait leur reprocher parfois un certain manque d’objectivité. Cela ne suffit donc pas.

L’éditeur complète alors son réseau par des traducteurs. La relation qui s’établit entre eux est primordiale. Se faire confiance, connaître ses goûts et ses dégoûts, se voir et s’appeler… Et pourquoi ? Et bien lorsque l’éditeur a été séduit par l’agent, il envoie le manuscrit à son traducteur, qui endosse dans un premier temps le rôle de lecteur. Objectif : résumer l’histoire sur une feuille A4. Mais surtout faire passer une atmosphère, une langue, une couleur, un humour. Et cela demande intelligence, culture littéraire et politique et surtout honnêteté… Pas question de vanter les mérites d’un mauvais texte pour obtenir une traduction et rénover sa salle de bain.

C’est ainsi que souvent l’éditeur choisira le prochain titre de sa collection. En défrichant le terrain grâce aux agents et en séparant le bon grain de l’ivraie grâce aux traducteurs.

… et surtout comme on veut !

Chez Belleville éditions, nous créons bien sûr ce réseau d’agents et de traducteurs… Nos précédents postes nous ont déjà permis d’en constituer la base. Mais pas seulement. Comme vous le savez, la particularité de notre projet réside dans ce voyage autour du monde destiné à vous ramener des contenus enrichis pour chacun des titres que nous défendrons : photos, vidéos, interviews, artistes, musiques, etc.

Mais c’est aussi en amont que notre démarche trouve tout son intérêt. En restant plusieurs semaines dans chaque pays, en vivant à l’heure d’autres cultures, nous essayons de comprendre au mieux les enjeux sociaux et culturels pour apporter en France un morceau de littérature proche des gens. Des œuvres de fiction qui répondent aux préoccupations des habitants d’ailleurs et interrogent ceux d’ici.

Enfin, quand nous habitons ces pays, nous avons l’opportunité de rencontrer les éditeurs et les agents dans leurs bureaux. Ainsi nous espérons créer des relations privilégiées avec ses acteurs du livre locaux. Des relations que nous conservons de manière épistolaire mais que nous aurons bien sûr l’occasion de renouveler lors des grands salons internationaux du livre, comme à Francfort en octobre prochain avec nos amis stambouliotes.

Bientôt un post sur nos rencontres d’Istanbul ;)

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